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L'OMS Exprime de Graves Inquiétudes Face à l'Expansion Incontrôlée d'Ebola en RDC

L'OMS Exprime de Graves Inquiétudes Face à l'Expansion Incontrôlée d'Ebola en RDC

L'Épidémie d'Ebola S'étend en RDC, l'OMS Tire la Sonnette d'Alarme

Le 22 mai 2026, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Institut National de Santé Publique (INSP) ont officialisé l'extension de l'épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo à Bambu, une huitième zone de santé située en Ituri, dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette nouvelle localisation du virus, au cœur d'une région minée par la violence milicienne, soulève de vives préoccupations quant à la capacité de contenir la propagation de la maladie.

Un Bilan Épidémiologique Alarmant et Sous-estimé

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, a présenté une mise à jour épidémiologique préoccupante. Les chiffres officiels font état de 82 cas confirmés et 7 décès, mais l'OMS estime que l'ampleur réelle de l'épidémie est bien plus vaste, avec près de 750 cas suspects et 177 décès communautaires non comptabilisés. Une accélération notable a été observée, avec 18 nouveaux cas et un décès supplémentaire enregistrés en seulement 48 heures. Le Dr Ghebreyesus a souligné que l'insécurité chronique entrave la surveillance, rendant les bilans déclarés incomplets.

Bambu : Un « Trou Noir » Sanitaire sous l'Emprise Milicienne

La situation à Bambu est particulièrement critique. Dès son intégration au rapport officiel, cette zone a déclaré un cas confirmé, deux cas suspects et 128 cas contacts identifiés en une seule journée. Cependant, le rapport technique révèle un taux de suivi de ces contacts de zéro pour cent au 20 mai. L'absence totale de localisation ou d'examen des personnes contacts par les équipes médicales ouvre la voie à une propagation invisible et potentiellement exponentielle du virus.

Cette incapacité de suivi est directement liée à l'insécurité prévalant dans la région. Bambu, située dans le territoire de Djugu, est un sanctuaire pour la milice CODECO (Coopérative pour le développement du Congo), connue pour ses violences et ses attaques ciblées contre le personnel humanitaire. Des incidents passés, comme les tirs contre un convoi de Médecins Sans Frontières (MSF) en 2021 ou le pillage de structures de soins en 2022, témoignent de l'impossibilité d'y déployer une riposte médicale classique. L'envoi d'agents de santé dans ces conditions est considéré comme une mission à haut risque.

Défis Logistiques et Risques Transfrontaliers

Au-delà de Bambu, l'ensemble du système de confinement de la province montre des signes de défaillance. Le taux de suivi global des contacts dans les deux provinces touchées est tombé à seulement 7 %. L'OMS a également documenté l'évasion de quatre patients hautement contagieux des centres de soins de Bunia, Rwampara et Mongwalu. La logistique est entravée par l'insécurité, bloquant neuf échantillons de sang cruciaux à l'INRB de Beni faute de transport sécurisé.

La menace s'étend au-delà des frontières, notamment le long du lac Albert. Une alerte du poste frontalier ougandais de Ntoroko signale le passage clandestin de citoyens congolais résidant en Ouganda pour assister à des veillées funéraires en RDC, pratiques qui favorisent la propagation du virus. Face à cette défiance communautaire – illustrée par l'incendie de tentes de traitement à Rwampara – les équipes médicales ont demandé l'interdiction immédiate des veillées funéraires au maire de Bunia.

Implications Géopolitiques et Sanitaires

La crise à Bambu met en évidence la manière dont le virus Ebola exploite les conflits armés comme un bouclier biologique. La sécurité sanitaire mondiale ne dépend pas uniquement des avancées scientifiques, mais aussi de la stabilité politique sur le terrain. En perdant le contrôle de Bambu, la RDC risque de devenir un incubateur géant pour le virus, menaçant la sécurité sanitaire internationale, particulièrement l'Ouganda.

L'OMS a réagi en déployant d'urgence du personnel supplémentaire en Ituri et en organisant un briefing de crise à Genève. La porosité des frontières lacustres avec l'Ouganda fait craindre une exportation massive du virus si un blocus sanitaire strict n'est pas imposé. Le gouvernement congolais est confronté à un dilemme : militariser la riposte sanitaire pour sécuriser les équipes médicales à Bambu, ou risquer une extension de la souche Bundibugyo aux grands centres urbains de la sous-région.

La propagation d'Ebola dans une zone de non-droit, où la population rejette les centres de traitement, expose les limites des interventions humanitaires traditionnelles en temps de guerre. La question demeure de savoir si l'armée et l'OMS parviendront à négocier un corridor sanitaire temporaire avec les groupes armés pour briser la chaîne de transmission, ou si l'Ituri deviendra le point de départ d'une épidémie continentale majeure et incontrôlable.

Source: Le Journal du Congo